AZZI A.*

AZZI  Areski

Lettre de son épouse au général Salan (ci-dessous) : chef de gare à Akbou, enlevé le 30 novembre 1957 par des parachutistes. En octobre 1958, son épouse n’a aucune nouvelle. Aucune réponse à cette lettre n’est archivée. (SHD GR 1 H 2698).

Disparu, identifié par courrier le 04/01/2021 par sa petite fille, qui nous envoie sa photo et ce message.

« Je suis tomber par hasard sur votre site en mettant le nom et le prénom de mon grand-père dans la barre de recherche Google.

J’ai vue une lettre que ma grand-mère a écrit pour le  général Salan à la disparition de son mari Azzi (Mohand Arezki).
Depuis cette date ma famille ne sais pas  ce qui s’est passé au même où il est.
Je vous remercie énormément d’avoir publié la lettre de ma grand-mère que personne connaissait son existence.
En même temps j’ai fait quelques recherches sur le site des archives nationales d’outre-mer.
Je suis tombé sur le nom de mon grand-père qui apparaît dans une liste mais à part ça je sais pas comment avoir de réponses.
Je voulais savoir si il y a un moyen d’avoir plus d’infos, sinon où puis-je me renseigner.
Merci énormément pour ce que vous avez fait, et joins à ce mail je vous mets en copie la lettre que vous avez publié et la photo de mon grand-père la liste ou j’ai trouvé son nom dans les archives.
Merci pour tout. »
Le fils d’Arezki Azzi nous contacte le 04/01/2021 et nous écrit :

« Dans son ouvrage intitulé « Pour le salut des peuples opprimés » édité en 1984 par l’entreprise nationale ENAL, Larbi Ouar, cheminot, arrêté puis torturé avant d’être relâché après avoir « acheté » sa liberté, signalait dans son livre, page 45 que son tortionnaire, le chef de la DST, s’était vanté d’avoir tué également le chef de gare d’Akbou, Azzi Mohand Arezki, en décembre 1957. Le lecteur sera certainement intéressé de découvrir le passage de ce livre où il est question de marchandage : … …« Face au mur, les bras levés, j’attendais la mort… Oui, je l’attendais résolument, bravement, sans regret… Nous aimons tous la vie, nous préférions qu’elle se prolonge au-delà de notre espérance. Nous aimerions mourir le plus tard possible. Car la mort est terrible et mère. C’est un voyage dans l’inconnu et sans retour, c’est-à-dire qu’aucun mortel n’a vu. Mais ne dit-on pas « qu’il vaut mieux mourir debout que de vivre à genoux » ? Pour cela, pour ma patrie et ma religion, j’attendais donc la mort. Car « vivre à genoux » n’est pas la condition d’un homme digne de ce nom. Dieu nous a créés tous égaux et de la même façon, que nous soyons blancs, noirs, jaunes ou rouges. En sortant du ventre de sa mère, l’homme n’a pas apporté avec lui un fond. Il en est sorti tout nu. …Au bout de quelques instants, le soldat me dit de baisser… les bras et de me retourner. Le soldat des colons et de l’impérialisme me regarda fixement. Me mettra-t-il en joue, ainsi face à face ? Non ! Alors ? Alors, c’était la guerre des nerfs, comme fut le canon du revolver placé sur ma tempe le matin même. Il ne suffit pas de ratisser les maquis, les annexes « décheras ». Il ne suffit pas de tuer, de bombarder et d’incendier. Il fallut briser, hébéter, anéantir le patriote. Pour cela, la torture physique et morale est l’art « scientifique » de nos « civilisateurs » occidentaux. Ensuite, le défenseur de ces derniers m’emmena dans la pièce de l’étage où je ne trouvais qu’un seul homme de la DST, le « chef », assis devant son bureau. Il m’invita à m’asseoir sur une chaise, face à lui, et ordonna au soldat de se retirer. Il prit ensuite un dossier et commença à remplir une feuille en me demandant quelques renseignements : mes nom, prénom, ma profession, lieux où j’avais travaillé. En lui nommant la gare de Béni-Mançour, il dévoila que c’était lui qui tua le chef de canton de cette dernière, le martyr… (Je ne me rappelle plus son nom, mais son fils était aux chemins de fer après l’indépendance) … ça y est, il s’appelait bien Fourar. Il a tué également le chef de gare d’Akbou, Mohand Arezki Azzi. Un tueur, ce fils de l’impérialiste occidental ! Et pourrait-on savoir comment il avait tué ces deux fonctionnaires patriotes ? Et après quel supplice ? Voilà l’une des manières des impérialistes de l’Europe de l’Ouest et des USA de « pacifier » et de « civiliser » les peuples du Tiers monde. Laissez-moi faire, sinon je t’écrase ! Mon geôlier me demanda combien je versais, comme cotisation, au Front de libération nationale. « Cinq mille francs (anciens), répondis-je. — C’est juste, admit-il, je le savais. « Nous t’avons amené pour te tuer, avoua-t-il. Mais je vais te faire deux propositions et je pourrais te relâcher : Est-ce que tu acceptes de travailler avec nous ? Tu ne l’acceptes pas ? — Non. Jamais ! lui répondis-je. » — La seconde, c’est de me donner cent mille francs », dit-il. Il a dit cela sans hésitation ni gêne. Car on le dit bien en Europe : « On va aux colonies pour faire fortune ». Mais aux dépend de qui ? Là, j’ai essayé de marchander, mais en vain. Puis je pensais que si je refusais cette dernière proposition, il pourrait me tuer et aller chercher les cent quatre-vingt-dix-mille francs qu’il avait découverts en mo domicile. Aussitôt, nous descendîmes au rez-de-chaussée, sa demande ayant été acceptée. Là, il me présenta à son capitaine et lui dit qu’il allait me libérer. Il me ramena chez moi et je lui remis son « dû ». Dieu soit loué, qui m’a sauvé de ces bandits criminels ! Lorsque je fus présenté au capitaine, je compris que celui-ci était de connivence avec son subordonné en ce qui concernait les cent mille francs. Un capitaine de l’Armée française. »

Abréviations des principales sources utilisées :/p>

SLNA : « Fiches de renseignement » du Service des Liaisons Nord-Africaines : « Personnes arrêtées, demandes de recherche transmises au commandement militaire », ANOM, 91/ 4 I 62.

Liste SLNA : mention sur une liste de rappels adressée à l’armée par le SLNA en octobre 1957, la fiche de renseignement correspondant n’étant pas archivée). ANOM, 91/ 4 I 62

CV : Jacques Vergès, Michel Zavrian, Maurice Courrégé, Les disparus, le cahier vert, Lausanne, La Cité, 1959.

Archives Teitgen : Archives confiées par Paul Teitgen à Georgette Elgey, Archives Nationales, 561AP/41.

SHD : divers fonds du Service Historique des Armées, GR 1 H

CS : archives des deux commissions de Sauvegarde des droits et libertés individuels (1957-1962), Archives Nationales, F/60/3124-F/60/3231.

Presse algérienne (1962-1963) : documents fournis par Malika Rahal.