DENAI D. *

DENAI Della ben Ali

Né en 1911 a Chettia (Département d’Orleansville). Employé aux Ponts et Chaussée ( aide- géomètre ). Zougala. Enlevé une première fois par l’armée française en 1957, détenu 15 jours, puis relâché. Enlevé à nouveau à l’été 1959, puis disparu. Voir ci-dessous le témoignage de sa fille qui nous a signalé son cas et  transmis la photo de son père.

reçu le 19/09/2018 :

« En 1957, il a été arrêté et emprisonné environ 15 jours à un mois. Je me souviens des scènes de cette arrestation par des paras fortement alcoolisées et de leur violence. J’avais 8 ans. Je les ai vus gifler mon père et le frapper avec leurs arme pour lui faire avouer où il cachait des armes et documents et ses relations avec le FLN. Mon dernier frère était nourrisson, ils ont demandé à ma mère de lui retirer ses couches afin de s’assurer que c’était un garçon et probablement l’éliminer puisque c’était un futur « fellaga ». Elle s’est interposée courageusement. Puis Ils ont commencé à s’en prendre à ma cousine âgée de 18/20 ans, a la tripoter, elle a réussi à s’échapper pour se réfugier dans la chambre où se trouvait le bébé. Mon autre frère âgé de 5 ans avait disparu, on l’a longtemps cherché pour le retrouver terrorisé enfermé dans les WC.
Les paras ont emmené notre père, pointant les armes sur lui. Ils nous ont menacé de revenir nous tuer tous pendant la nuit. Nous avons fui. La plupart des voisins ont refusé de nous héberger par crainte de représailles. Nous avons fini par trouver refuge pour la nuit et le lendemain, avons réintégré notre domicile.

Pour la seconde arrestation, nous n’étions pas présents. Cela s’est passé l’été 1959, et nous étions partis en vacances à Orléansville dans la famille de ma mère. Seules ma grand-mère,  répudiée par son mari, ma tante également répudiée et ses 2 enfants –  tous à la charge de mon père – étaient restés à Zougala, petit village où nous louions une grande maison avec jardin à un officier algérien de l’armée française. J’ai entendu dire par les adultes, que depuis l’arrestation d’un ami de mon père, militant dans  le même groupe, et sa pendaison sur la place du village, mon père dormait la nuit tout habillé, le réveil près de son lit, attendant sans doute d’être arrêté à son tour..

Ce qui n’a pas tardé. Pourquoi n’a t-il pas pris le maquis ? On s’est longtemps posés la question. Sans doute parce qu’il avait des responsabilités  familiales ? Pendant sa détention, nous avons survécu grâce à la solidarité familiale, et du soutien financier et psychologique du FLN (nous avions de fréquentes visites des combattants la nuit, armés de mitrailleuses et de grenades – j’étais autorisée à assister aux rencontres malgré mon jeune âge,  fière et ayant promis de garder le silence ( nous avions accepté que notre chien Médor soit tué pour ne pas alerter par ses aboiements). Le propriétaire de la maison a voulu nous expulser parce que nous ne pouvions plus payer le loyer. Le FLN lui a envoyé une lettre de menace, signée de rouge-sang.
Ces événements m’ont profondément et durablement traumatisée. J’ai fait de nombreuses tentatives de suicides. C’est grâce à une longue psychanalyse et aux belles personnes que j’ai rencontrées depuis mon arrivée en France en 1973 que j’ai pu trouver un équilibre et tracer mon propre sillon. »

Principales sources utilisées :

SLNA : « Fiches de renseignement » du Service des Liaisons Nord-Africaines : « Personnes arrêtées, demandes de recherche transmises au commandement militaire », ANOM, 91/ 4 I 62.

Liste SLNA : mention sur une liste de rappels adressée à l’armée par le SLNA en octobre 1957, la fiche de renseignement correspondant n’étant pas archivée). ANOM, 91/ 4 I 62

CV : Jacques Vergès, Michel Zavrian, Maurice Courrégé, Les disparus, le cahier vert, Lausanne, La Cité, 1959.