HAMMADOU M. *

Hammadou Mouloud

Né le 02/11/1922 à Fondouk. Douar Ouled Saïd.

Signalé le 04/03/2021 par sa fille :

« Longtemps mes frères et moi avons cherché à retrouver les traces de notre père, militant nationaliste, disparu depuis 1957 dans l’algérois dont nous sommes originaire.
Mon témoignage concerne mon père, Hammadou Mouloud, né en 1921 à Fondouk, domicilié au douar Ouled Saïd, qui a pris le maquis en 1955. En tant que responsable politique local du parti PPA-MTLD, il était connu et recherché par les autorités coloniales. D’ailleurs lors de leurs recherches, mes jeunes oncles et mon grand-père maternelle ont été arrêtés et torturés à plusieurs reprises par l’armée française dans ses quartiers situés à Rouïba.
Mon père aurait été arrêté en 1957 dans la Mitidja. Il n’a plus donné de nouvelles ni de signe de vie à sa famille depuis cette date. »

Second message de sa fille, le 06/03/21 :

« Avant toute chose, je voudrais saluer le formidable travail que vous avez fait et vous remercier pour la lumière que vous apportez sur ces milliers de disparus arrachés à la vie, à leur famille, morts sans sépulture pour la plupart.
C’est avec une intense émotion que j’ai vu défiler cette liste de noms, cherchant fébrilement celui que je porte en moi depuis ma plus tendre enfance, le nom chéri de mon père. De lui, hélas, ni moi ni mon jeune frère n’avons de souvenir, pas même une photo à laquelle nous accrocher.
Vous me dites que pour l’heure vous n’avez rien trouvé dans les archives françaises qui le concerne mais que vous allez néanmoins créer une notice à son nom avec mon témoignage. J’aimerais compléter celui-ci par des informations recueillies auprès de mon frère plus âgé, qui les tenait pour l’essentiel de ma mère disparue en 2000 et de son aîné lui aussi décédé, et de ses propres investigations entreprises auprès des anciens de la famille, du village, ainsi que des compagnons de lutte survivants de mon père.
Avant son entrée dans la clandestinité en 1955, mon père était activement recherché par la police française. Un mandat d’arrêt avait été émis sur sa personne par la gendarmerie de l’Alma (aujourd’hui Boudouaou), en raison probablement de ses activités au sein de l’O.S. ̶ après son service militaire à Ténès dans la DCA, il était devenu instructeur, en 1948, dans l’Organisation Spéciale, émanation du PPA-MTLD, qui préparait l’insurrection armée, puis, lorsque l’OS a été démantelée, agent de liaison de son parti entre Alger et Médéa. Selon un de mes oncles, mon père se déplaçait avec de faux papiers sous une fausse identité. Son sobriquet dans le milieu des activistes nationalistes était « Mouloud Lekhal », dans notre village c’était Mouloud Ben Hamidou ( notre véritable nom de famille transformé en Hammadou par l’administration coloniale. )
Traqué par l’armée coloniale qui faisait régulièrement des descentes nocturnes au domicile familiale, brutalisant ma mère et ma grand-mère, mon père avait fait détruire toutes ses photos afin que ses poursuivants ne puissent pas l’identifier. C’est pourquoi nous n’avons malheureusement aucun portrait à vous envoyer. Parce qu’ils n’avaient aucune photographie du fugitif, les militaires français allaient, deux à trois fois par semaine, extraire de sa classe mon frère aîné, alors âgé de 9/10 ans, scolarisé en 1956-1957 à l’école primaire du quartier Sbaat de Rouïba, pour l’emmener dans leur caserne, l’encagouler, l’installer dans un véhicule puis sillonner la ville, après lui avoir intimer l’ordre de leur désigner son père s’il le voyait. Le manège a cessé l’année suivante.
Une version sur la disparition et la mort de mon père a fini par émerger par le croisement de différents témoignages dignes de foi recueillis au fil des ans. Selon ces témoignages, les faits se seraient déroulés entre janvier et mars 1957. Mon père aurait été arrêté par une équipe de « bleus » de Maison-carrée (‘El Harrach) et abattu en pleine rue lors de son transport par ces derniers alors qu’il tentait de s’évader. Cette fin correspond parfaitement au personnage, décrit par toutes ses connaissances comme un audacieux combattant rompu au maniement des armes. Ma mère nous a rapporté qu’il s’était juré que « jamais sa mère ne le verra avec les menottes aux poignets ». Une autre version ajoute que, exécuté à Maison-carrée, son corps aurait été jeté quelques kilomètre plus loin dans le lit d’un oued, plus exactement à la confluence de oued Hamiz et oued Boureah, entre le village de Hamadi et la ville de Fondouk. Il y a 3 à 4 ans, un vieux militant, ancien compagnons de route de mon père prétend l’avoir enterré a la sauvette, en compagnie de deux autres personnes aujourd’hui disparus, dans le cimetière d’un village de la Mitidja, Chebacheb. . Nous n’avons pas pu vérifier la véracité de ses déclarations. Mon frère souhaite quand même déposer une plaque à l’endroit désigné.
Avant de terminer je voudrais que votre site nous a permis de retrouver le nom d’un cousin germain de ma mère lui aussi disparu en 1957 dans la ville de Rouïba. dont la famille n’a jamais retrouvé le corps. Il s’agit de Belhadi Mouloud. Il était marié et avait une fille, née en 1955. Il était militant au PPA-MTLD et fiché comme tel. Son arrestation et son élimination n’était pas due au hasard. Depuis un an, le nouveau collège de Ouled Belhadi, son village natal, porte son nom.
Je vais avertir ses proches de ma découverte et leur proposer de vous fournir les autres informations en leur possession.
Encore merci pour tout ce que vous faites. »
Message reçu le 11/03/2021:
« Merci pour la création de la fiche de disparu établi au nom de mon père Hammadou Mouloud et pour les compléments d’informations apportés à celle de Belhadi Mouloud.
Je voudrais rectifier une petite erreur que j’ai commise concernant la date de naissance de mon père. Je viens de m’apercevoir de mon erreur en relisant son acte de décès, obtenu en 2012, par jugement du tribunal de Rouïba. Mon père est né le 2 Novembre 1922 et non 1921. Le reste est sans changement.
En dépit de tous obstacles, notre famille poursuit ses recherches pour reconstituer les derniers jours de notre père. En plus de ses enfants, ce sont aujourd’hui ces petits-enfants qui prennent la relève. De mon côté, je projette d’aller consulter les archives militaires des appelés du service militaire des anciennes colonies, disponibles au CAPM à la caserne Bernadotte de Pau dans l’espoir d’ y trouver son dossier militaire et y puiser quelques informations. »

Abréviations des principales sources utilisées :/p>

SLNA : « Fiches de renseignement » du Service des Liaisons Nord-Africaines : « Personnes arrêtées, demandes de recherche transmises au commandement militaire », ANOM, 91/ 4 I 62.

Liste SLNA : mention sur une liste de rappels adressée à l’armée par le SLNA en octobre 1957, la fiche de renseignement correspondant n’étant pas archivée). ANOM, 91/ 4 I 62

CV : Jacques Vergès, Michel Zavrian, Maurice Courrégé, Les disparus, le cahier vert, Lausanne, La Cité, 1959.

Archives Teitgen : Archives confiées par Paul Teitgen à Georgette Elgey, Archives Nationales, 561AP/41.

SHD : divers fonds du Service Historique des Armées, GR 1 H

CS : archives des deux commissions de Sauvegarde des droits et libertés individuels (1957-1962), Archives Nationales, F/60/3124-F/60/3231.

Presse algérienne (1962-1963) : documents fournis par Malika Rahal.