AIBOUD A. *

AIBOUD Abderrahmane

33 ans. Employé à l’Etat Civil d’Alger. Enlevé le 25 mai 1957 par la « Sûreté » (DST), en même temps que son frère Ahmed AIBOUD, lui aussi employé à l’Etat Civil (voir sa notice). Pas de réponse de l’armée en octobre. (SLNA)

Déclaré par l’armée française libéré et remis à sa famille. Disparu, selon le témoignage de son fils.

Entretien par courriel avec Omar Aïboud :

Questions de 1000autres, après réception des documents ci-dessous :

Massu affirme dans son livre que Ben Mhidi avait deux cartes d’identité au nom de votre père. Savez-vous pourquoi et comment ? Votre père et son frère Ahmed se servaient-ils de leur poste à l’Etat civil d’Alger pour aider des combattants ? Mais pourquoi lui avoir donné des papiers à son nom ?

Les militaires ont-ils arrêté votre père parce qu’ils avaient trouvé ces
papiers à son nom ou pour une autre raison ?

Enfin, les certificats datent sa mort du mois de décembre 1957 et la
situent à El Biar. Savez-vous pourquoi ?

Réponse d’Omar Aïboud :
Pour ce qui est de l’oncle Ahmed Aiboud, né le 17/12/1907 et décédé le 22/12/1989, il était employé  à l’Etat civil  dans le même service que AIBOUD Abderrahmane [Ahmed AIBOUD a été arrêté le même jour que son frère Abderrahmane, il a été torturé et libéré après 10 jours, voir sa notice ]. J’ai pris attache avec ma mère qui est âgée de 82 ans actuellement. Elle a milité dans la clandestinité avec mon père.  C’était vraiment difficile pour elle d’en parler, un traumatisme énorme. Elle s’est rappelée qu’après l’arrestation de mon père, les paras de Massu l’ont frappée et trainée par les cheveux, coup de pied au ventre, alors qu’elle était enceinte. Elle a perdu le bébé qui était de sexe masculin (mort né) en1957. 
Pour les cartes d identités, d’après ce qu’on m’a dit, ils avaient tous les 2 la même taille et la même carrure ; ils étaient des gens bien lettrés qui parlaient très bien français, chose rare à l’époque. A mon avis c étais le meilleur sauf conduit,   avec tout  le dispositif de surveillance mis en place pendant  la gréve des 8 jours en février 1957 : armée, police, services spéciaux, d’Aussares et les Algériens cagoulés indicateurs, etc…Pendant la gréve des 8 jours, le général Massu, avec tous les pouvoirs, a barricadé tous les quartier arabes. A cette époque les Algériens ne pouvaient quitter leurs quartiers respectifs, sauf pour les gens qui pouvaient justifier de papiers d identité qui comportaient le nom, l’adresse et la fonction, surtout les fonctionnaires comme mon père. C’était comme franchir une frontière avec un passeport en règle. On était considérés comme indigènes, donc au pire des cas une fiche de paie ou une carte de sous-homme indigène. L’accès et les déplacement aux quartiers dits européens n’était pas facile à cette période. Les algériens étaient terrorisés. En partant le matin, ils ne savaient pas s’ils pourraient revenir le soir chez eux sains et  saufs. Beaucoup se sont réfugiés au Maroc, en Tunisie ou au bled à la campagne pour ceux qui avaient des attaches en dehors d’Alger. D’ après les anciens, la mort était plus douce mitraillé ou bombardé, au lieu de subir la torture puisqu’elle était systématique. Puisque son oncle travaillait dans le même service de l’Etat civil, c’est possible qu’il ait établi ces cartes a son insu, je dis bien que c’est des probabilités,  mais puisque les deux sont décédés, l’un en 1957 en pleine guerre, et l’oncle en 1989, nul ne le sait, sauf peut-être les archives que la France détient. Les militaires ont-ils arrêté mon père parce qu’ils avaient trouvé ces papiers a son nom ? Je pense que c’est pour d’autres raisons. Ma mère se souvient que mon père travaillait beaucoup la nuit à la maison pendant cette période. Il avait une machine a écrire ; quelquefois ils lui remettaient des papiers a cacher, quelque fois quelqu un  venait récupérer un colis, une enveloppe ; elle recevait du courrier pour lui par le truchement du laitier du quartier,  à qui elle faisait confiance,  son magasin se trouvait à 20 mètres de chez nous. Il disait à ma mère qu’il étais surveillé, suivi, etc…Un jour son père, qui était certainement au courant de ses activités clandestines, lui a demandé de s’expatrier parce que d’après les témoins, c’est lui qui établissait de faux papiers pour quitter Alger, surtout les recherchés (combattants). Il répondit a son père : si tout le monde part, on ne laisserait que les vieux et les enfants , à ce moment qui fera partir  la France ?
Pour les certificats de décès et l’endroit,  seuls les rescapés ou ceux qui ont établis ces certificats de décès à El Biar en décembre 1957 peuvent le dire. Pendant cette période, tout le monde se méfiait, un simple délateur pouvait vous envoyer a la guillotine, justice sommaire (le capitaine Léger et la bleuïte). Ma famille, tout ce qu’elle a enduré, avec toutes les démarches nécessaires, n’avait aucune information crédible jusqu’à l’indépendance. En1962, tout les hommes qui étaient dans les camps, les prisons ou ailleurs sont réapparus,  sauf les morts. D’après certains témoins,  les tortionnaires (paras) ont pratiqué sur lui  le chalumeau,  enlevés ses ongles avec une pince, la moitié du corps dans de la chaux bouillante. J’arrête,  c’est trop cruel.  Bonne journée, monsieur Fabrice. « 
Reçu le 22/12/2018
 

Sont joints au témoignage, outre une photo, les documents reproduits ci-dessous :

  • une réponse du commandement militaire, datée du 23 juin 1958, qui affirme que A. Aiboud a été « libéré le 5 juin 1957 et remis à sa famille ». On notera que le jour même de cette prétendue libération, le 5 juin 1957, sa famille demandait une première fois de ses nouvelles à la préfecture d’Alger (fiche du SLNA ci-dessous).
  • une réponse de Suzanne Massu et de son « œuvre sociale » qui affirme quelques jours plus tard, le 4 juillet 1958, que le même commandement militaire ne disposerait d’aucune information sur A. Aiboud.
  • Un arrêté municipal attribuant une prime mensuelle de technicité et de rendement à l’employé à l’Etat civil A.Aiboud.
  • Un second arrêté indiquant qu’A. Aïboud est placé par le maire d’Alger « en congé de détente »(sic)  pour 11 jours à compter de sa date d’arrestation par l’armée, puis que son traitement est privé de traitement « jusqu’à nouvel ordre »
  • Un extrait du livre de Jacques Massu, La Vraie Bataille d’Alger (1971), dans lequel le général répète avec force détails la version officielle et mensongère du « suicide » de Larbi Ben M’hidi, assassiné le 16 février 1957, et affirme que ce dernier fut trouvé lors de son arrestation en possession de 2 cartes d’identité au nom d’Abderrahmane Aiboud.
  • Deux attestations mentionnant son décès en « décembre 1957 » et au « centre de tri » et de torture d’El Biar.

Abréviations des principales sources utilisées :/p>

SLNA : « Fiches de renseignement » du Service des Liaisons Nord-Africaines : « Personnes arrêtées, demandes de recherche transmises au commandement militaire », ANOM, 91/ 4 I 62.

Liste SLNA : mention sur une liste de rappels adressée à l’armée par le SLNA en octobre 1957, la fiche de renseignement correspondant n’étant pas archivée). ANOM, 91/ 4 I 62

CV : Jacques Vergès, Michel Zavrian, Maurice Courrégé, Les disparus, le cahier vert, Lausanne, La Cité, 1959.

Archives Teitgen : Archives confiées par Paul Teitgen à Georgette Elgey, Archives Nationales, 561AP/41.

SHD : divers fonds du Service Historique des Armées, GR 1 H

CS : archives des deux commissions de Sauvegarde des droits et libertés individuels (1957-1962), Archives Nationales, F/60/3124-F/60/3231.

Presse algérienne (1962-1963) : documents fournis par Malika Rahal.

4 commentaires

  1. AIBOUD OMAR SON FILS Répondre

    AIBOUD ABDERRAHMANE, EMPlOYE MAIRIE D ALGER, ANCIEN HOTEL DE VILLE, ENLEVE EN EXERCICE DE SES FONCTIONs PAR LA DST, MORT, TORTURE JUQU’A CE QUE MORT S’EN SUIVE, DISPARU DEPUIS MAI 1957. NOTRE FAMILLE VOUDRAI SAVOIR OU EST IL ENTERRE POUR QU ON PUISSE FAIRE LE DEUIL. BON COURAGE POUR LE TRAVAIL Q UE VOUS FAITES.
    SON FILS AIBOUD OMAR ET SON EPOUSE AIBOUD SALIMA, AINSI QUE TOUTE SA FAMILLE MERCI

  2. Aiboud omar son fils Répondre

    Aiboud abderrahmane, demeurant au 14 rue Caton Alger, employé de mairie, enlevé depuis mai 1957 au sein de son travail à hotel de ville d Alger. Disparu à ce jour, torturé a la préfecture d Alger ensuite transféré à El Biar d après son père, j ai une correspondance du colonel Crozafon commandant d’Alger-Sahel, qui dit qu il a été assigne a résidence, ensuite remis a sa famille : pur mensonge.

  3. ahmed Répondre

    je voudrais juste apporter une rectification a ce qu’il a apporter comme verité sauf (1) en parlant de quartier arabe alors que nous sommes dans un pays berbere et que son pere lui meme est kabyle.
    j’espere qu’il comprendra ce que je defend et ce que nos parents ce sont sacrifier pour une ALGERIE AUTHENTIQUE ALGERIENNE dans le sens le plus juste

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