AUDIN

AUDIN Maurice

Né le 14/02/1932. 3 enfants, assistant à l’université d’Alger en mathématiques, membre du Parti communiste algérien (PCA). Enlevé dans la nuit du 11 au 12 juin par l’armée, disparu depuis. Torturé au « centre de triage » d’El Biar. Mort sous la torture ou exécuté sur ordre, vraisemblablement le 21 juin 1957. En 2014, le président Hollande reconnaît que « Maurice Audin ne s’est pas évadé. Il est mort durant sa détention ». Le 13 septembre 2018, le président Macron a reconnu que « Maurice Audin a été torturé puis exécuté ou torturé à mort par des militaires qui l’avaient arrêté à son domicile ».

 

 

Assignation à résidence de Maurice Audin, antidatée au jour connu de son arrestation par Paul Teitgen, afin d’attester de la responsabilité des militaires dans sa détention. Archives de l’EHESS, fonds P. Vidal-Naquet, PVN 34
Témoignage d’Henri Alleg, (1)Archives de l’EHESS, fonds P. Vidal-Naquet, PVN 34
Témoignage d’Henri Alleg, (2)Archives de l’EHESS, fonds P. Vidal-Naquet, PVN 34
Témoignage de Georges Hadjadj (1)Archives de l’EHESS, fonds P. Vidal-Naquet, PVN 34
Témoignage de Georges Hadjadj (2). Archives de l’EHESS, fonds P. Vidal-Naquet, PVN 34
Témoignage de Georges Hadjadj (3). Archives de l’EHESS, fonds P. Vidal-Naquet, PVN 34
1ère fiche de recherche (SLNA) « Personnes arrêtées, demandes de recherche transmises au commandement militaire », ANOM, 91/ 4 I 62.
2ème fiche de recherche (SLNA)
« Personnes arrêtées, demandes de recherche transmises au commandement militaire », ANOM, 91/ 4 I 62.

Plainte contre X pour homicide déposée le 4 juillet à Alger par Josette Audin, épouse de Maurice. Archives de l’EHESS, fonds Pierre Vidal-Naquet, PVN 34.

« Témoignages et documents », n°19, septembre 1959 : Une déclaration du Comité Audin.

Archives de l’EHESS, fonds Pierre Vidal-Naquet, PVN 34.

 

Documents présents dans le dossier d’instruction du Tribunal permanent des forces armées d’Alger (affaire Alleg, Audin, Akkache, etc.).

 

24/6/1957 : Bulletin de recherches de Maurice AUDIN, diffusé par l’état major du 2e bureau, 10e division parachutiste. Signalement : « taille 1m72, teint pâle, yeux marrons, visage rond, bouche petite, cheveux noirs abondants peignés en arrière, corpulence mince, vêtu d’un pantalon gris, d’une veste foncée, sans coiffure. S’exprime lentement avec un accent légèrement chantant. Arrêté le 11 juin 1957 par le 1er RCP. S’est évadé le 21 juin 1957 vers 22 heures au cours d’un transfert, en profitant d’un léger accident survenu à la jeep qui le transportait. »

10/1/1958 : courrier du Colonel GODARD, adjoint au général commandant la 10e DP et commandant le secteur Alger Sahel, au juge d’instruction militaire : Audin a rédigé dans la journée du 12 juin deux déclarations, dont les originaux sont joints.

1/ écriture serrée :

« Je suis entré au Parti communiste en 1950, quand j’étais étudiant à l’Université d’Alger ; mes activités alors consistaient en réunions avec d’autres étudiants, et surtout en efforts pour le syndicalisme étudiant.

En 1953, le 24 janvier, je me suis marié ; j’ai commencé ma thèse de doctorat à cette époque, tandis que j’obtenais un poste d’assistant à la faculté des Sciences (1er février 1953) ; j’ai petit à petit cessé toutes activités.

En mars 1957, Alleg est venu chez moi ; il a discuté avec moi d’événements politiques, et surtout de la politique des différents partis en France, vis-à-vis du problème algérien. Il m’a demandé si je pouvais accueillir quelqu’un chez moi, pendant quelques jours. Il m’a aussi indiqué la possibilité de le toucher en mettant un mot pour lui dans la boîte aux lettres des parents de Mme Alleg (marquée Serfati et un autre nom), rue Charles Péguy, avec la suscription « pour Madame Gilberte Salem ».

Au début du mois d’avril, Caballero s’est présenté chez moi et y est demeuré jusqu’au 26 avril environ, il était malade, restait allongé ou assis et ne sortait pas. Comme il était plus fatigué, je suis allé voir le Docteur Hadjadj à son cabinet et je lui ai demandé de venir chez moi le soigner ; ce qu’il a fait.

Caballero m’a fait aussi porter un mot à l’adresse de la rue Charles Péguy, demandant à Alleg de venir le voir, et portant l’adresse « Madame Gilberte Salem ». Alleg est venu, lui et Caballero ont parlé longuement sans que je participe à cette conversation.

Après le départ de Caballero vers le 26 avril, le Dr Hadjadj est revenu me voir chez moi, me demandant de faire savoir à A. Moine qu’il voulait le voir rapidement. Je ne savais pas contacter André Moine à ce moment-là et n’ai rien fait.

Vers le milieu de mai, Alleg est venu me voir ; il me dit que Moine voulait me rencontrer, et me fixa pour cela un rendez-vous à midi moins un quart, un mercredi, chez DIVOISE, 8 rue du Dr André-Brenta, 3e étage ; je me suis rendu à ce rendez-vous. Moine m’a demandé si je pouvais aller à Paris et si d’autre part je pouvais les héberger ; j’ai répondu négativement à ces questions. Je suis reparti après 20 ou 30 min ; il y avait là Alleg, Moine et un 3e homme que je ne connais pas. Moine m’avait dit que, s’il voulait me revoir, il mettrait un mot dans ma boîte aux lettres de la Faculté.

Il m’a fixé ensuite de cette façon un rendez-vous un mardi à 2h ¼ aux chèques postaux, avenue du 8 novembre ; il m’a de nouveau demandé de l’héberger, car ils avaient dû quitter rapidement leur logement précédent ; je ne l’ai pas accepté. Je l’ai déposé dans le Bd Carnot, un avant la rue Waïsse. Nous nous sommes quittés sans avoir décidé de nous retoucher, ni comment. »

 

2/ écriture plus lâche, avec des ratures :

« Je suis entré au Parti communiste en 1950 : j’étais étudiant, j’ai eu quelques activités syndicales. En 1953, je me suis marié et j’ai commencé une thèse de doctorat ; j’ai peu à peu renoncé à toute activité ou réunion politique.

En mars 1957, Alleg est venu me voir chez moi parler avec moi ; il m’a demandé si je pouvais recevoir chez moi quelqu’un. Vers le 10 avril, Caballero s’est présenté chez moi est y est demeuré jusque vers le 26 avril ; il était malade et j’ai du faire venir une fois le docteur Hadjadj pour le soigner ; une autre fois, Alleg est venu discuter avec Caballero, sur l’initiative duquel j’avais mis un mot dans l’ancienne boîte aux lettres de Mme Alleg. Caballero ne sortait pas ; il est parti le 26 avril.

Le 20 du mois de mai, Alleg est venu chez moi ; il m’a demandé de me rendre le mercredi suivant à midi moins un quart à une certaine adresse (Duboise, 8 rue Dr Brincat, 3e étage) pour y voir A. Moine. Je l’y trouvai avec Alleg et un troisième homme que je ne connais pas et que je vis très peu ; il me demanda si je pouvais aller en France, et si je pouvais prendre quelqu’un chez moi. Je répondis non aux deux questions ; il convient que s’il voulait me revoir, il me ferait mettre un mot dans ma boîte aux lettres ; il le fit ensuite, et je l’ai revu le mercredi 5 juin avenue du 8 novembre ; il me redemanda si je pouvais l’héberger à lui, je lui expliquais que non ; je l’ai déposé un peu avant la rue Waïsse dans le boulevard Carnot.

Entre temps, Hadjadj était revenu me voir, au début de mai sans doute, pour me demander de prévenir A. Moine qu’il voulait le voir rapidement. Je n’ai pas fait cette commission car, alors, j’ignorais que Moine et Alleg étaient ensemble.

Maurice Audin. HLM 5e Groupe BI rue Flaubert. Alger. Signature. »

 

Abréviations des principales sources utilisées :

SLNA : Fichier du Service des Liaisons Nord-Africaines, « Personnes arrêtées, demandes de recherche transmises au commandement militaire », ANOM, 91/ 4 I 62.

CV : Jacques Vergès, Michel Zavrian, Maurice Courrégé, Les disparus, le cahier vert, Lausanne, La Cité, 1959

Liste SLNA : présence sur une liste de rappels à l’armée par le SLNA en octobre 1957 (fiche de renseignement non archivée). ANOM, 91/ 4 I 62

Principales sources utilisées :

SLNA : « Fiches de renseignement » du Service des Liaisons Nord-Africaines : « Personnes arrêtées, demandes de recherche transmises au commandement militaire », ANOM, 91/ 4 I 62.

Liste SLNA : mention sur une liste de rappels adressée à l’armée par le SLNA en octobre 1957, la fiche de renseignement correspondant n’étant pas archivée). ANOM, 91/ 4 I 62

CV : Jacques Vergès, Michel Zavrian, Maurice Courrégé, Les disparus, le cahier vert, Lausanne, La Cité, 1959.

2 commentaires

  1. Pierre Audin Répondre

    Il est écrit :

    En 2012, le président Hollande reconnaît que « Maurice Audin ne s’est pas évadé. Il est mort durant sa détention ».

    Non, c’est en juin 2014, pas en 2012.

    • HistoireColoniale

      merci pour cette correction !
      FR

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